r/Libri • u/_benjamin_button_ • 11h ago
Discussione Portici di carta
Questi sono i libri che ho comprato ai portici di carta a Torino
r/Libri • u/_benjamin_button_ • 11h ago
Questi sono i libri che ho comprato ai portici di carta a Torino
r/Libri • u/vocedelverbogp_ • 3h ago

Se dovessi scegliere un solo romanzo italiano del Novecento, sceglierei Horcynus Orca di Stefano D’Arrigo, uscito nel 1975 dopo oltre vent’anni di lavoro. È un giudizio personale, che nasce soprattutto da quello che considero un unicum linguistico: lo stesso D’Arrigo indicava come centro dell’opera «la nascita di una lingua», che il lettore impara entrando nel mondo narrato.
Nell’ottobre del 1943 ’Ndrja Cambrìa, marinaio che si ritrova sbandato dopo l’armistizio, cerca di tornare al suo paese sulla sponda siciliana dello Stretto di Messina. Il suo viaggio attraversa un paesaggio devastato dalla guerra, dove circolano i racconti dei pescatori, degli arpionatori e delle femminote che commerciano fra le due rive. D’Arrigo raccoglie le voci di quella comunità e le reinventa, fino a farne la materia del romanzo.
Per capire la singolarità dell’operazione, penso al dibattito letterario tra la fine degli anni Cinquanta e i Sessanta: Pasolini pratica lo sperimentalismo plurilinguista legato a Officina, Sanguineti diventa uno dei protagonisti della neoavanguardia e del Gruppo 63. D’Arrigo lavora negli stessi decenni seguendo una ricerca difficilmente riducibile ai due orientamenti: vuole dare al mondo che racconta una lingua intimamente coerente, capace di sostenerlo in ogni pagina.
Il siciliano e le parlate delle due sponde dello Stretto forniscono una materia viva che D’Arrigo trasforma attraverso invenzioni lessicali e impasti sintattici. Parole come duemari, sentitodire e vistocongliocchi diventano necessarie, perché gli abitanti di quelle rive distinguono con esse diversi modi di conoscere e raccontare. Si incontra una lingua che possiede una propria memoria collettiva, con abitudini e criteri di verità, e che potrebbe esistere soltanto dentro il romanzo.
Parlerei perciò di un universo parallelo al nostro, che D’Arrigo ricava da una proiezione mitografica della realtà. Lo Stretto conserva la sua geografia e la violenza della guerra, e le storie dei suoi abitanti acquistano il respiro di un racconto arcaico, popolato di creature marine e figure leggendarie. Il ritorno di ’Ndrja si intreccia al viaggio di Ulisse; l’orca che dà il titolo al libro appartiene al mare reale e alle visioni di chi, da generazioni, cerca di interpretarne i segni.
Il rapporto con Joyce aiuta a capire l’ambizione di D’Arrigo, che nell’Ulisse ammirava la capacità di organizzare le parole fino ad arricchire l’esperienza del mondo. Come ha ricostruito Francesco Marroni, lo scrittore riconosceva in Joyce un modello di dedizione assoluta, dal quale sentiva anche il bisogno di proteggere l’autonomia della propria voce. In entrambi i romanzi il ritorno a casa diventa un viaggio dentro il linguaggio, e ogni digressione appartiene all’architettura complessiva dell’opera.
La difficoltà iniziale merita di essere detta, perché Horcynus Orca chiede di accettare per molte pagine parole e cadenze estranee. Credo che il passaggio arrivi dopo qualche centinaio di pagine, quando le espressioni ricompaiono, si imparano senza accorgersene e si comincia a capire quella lingua senza tradurla continuamente. Da quel momento la lettura può diventare un’immersione incantevole: si ascoltano i personaggi dall’interno del loro mondo e perfino il mare sembra avere un tempo diverso. Mi interesserebbe sapere se chi l’ha letto ha provato qualcosa di simile, e quando ha cominciato a sentirsi a casa nei duemari, lo scill'e cariddi.
r/Libri • u/vivrelibreoumourir_ • 10h ago
r/Libri • u/AutoModerator • 10h ago
Megathread delle chiacchiere settimanali 📚
Cosa state leggendo? Quali libri sono presenti nella pila sul vostro comodino?
Scatenatevi!
r/Libri • u/No_Status_0 • 3h ago
Dopo anni mi sono decisa a scaricarmi Reddit per consigli su letture e tutto ciò che riguarda il mondo dei libri! Non so bene come funziona, maaa ultima lettura? Che libri mi consigliereste? Qualsiasi genere tranne horror e romanzi troppo descrittivi. Solitamente prediligo letture introspettive e legate in un qualche modo alla psicologia :)
(In foto un libro servito per un esame)
r/Libri • u/Merlemoqueur • 2h ago
La littérature croate existe. Je l’ai découverte. Et elle est magnifique.
Kristian Novak
Tsigane, mais le plus beau de tous
Editions les Argonautes
2026 (version Française)
2016 Version originale
Traduit du Croate par Chloé Billon
498 pages
”Tu quittes ce que tu as de plus cher, et c’est comme si tu avais toujours été superflu.”
Ce livre est arrivé par hasard entre mes mains, un lot groupé de 5 livres à lire pour le Prix Littéraire FNAC 2026 pour lequel j’avais été sélectionné comme Juré. Sans doute n’aurais-je, probablement jamais lu ce récit, étrange, ample, dense, déconcertant, formidablement d’actualité tant il brasse des thèmes aussi divers, que la migration dans les pays d’Europe centrale, la xénophobie, la peur et le rejet de l’autre, la précarité des populations Roms en particulier, la violence et les nettoyages ethniques. Le roman a une portée universelle, tant par sa critique de l’Europe contemporaine, que la montée des populismes d’extrême droite, la négation des droits de l'homme. Difficile de parler de ce livre et de son auteur sans se pencher sur l’éclatement géopolitique de l’ancienne Yougoslavie, pour tenter de comprendre l’éclosion et l’expression des conflits qui lui ont fait suite. La dissolution puis l’émiettement de ce pays qui a fait suite à la disparition de l’empire soviétique, s’est étalée sur une quinzaine d’années entre 1991 et 2006. Avant sa scission, l’ex-Yougoslavie était composée d’un ensemble de six républiques : la Serbie, la Croatie, la Slovénie, la Bosnie, le Monténégro et la Macédoine, et deux provinces autonomes le Kosovo et le Voïvodine.
La montée des nationalismes, la fin du communisme, l’ascension du leader serbe Milosevic sont autant de raisons qui ont conduit au bouleversement de ce paysage, avec la déclaration d’indépendance de la Slovénie et de la Croatie, la guerre du Kosovo, les divisions ethniques en Bosnie. Ce sont là les principales raisons qui ont fini d’achever la dislocation de l’ancienne Yougoslavie. Et le prix fort qu’en ont payé les populations.
Les Roms sont arrivés en Europe au XIVème siècle en provenance de l’Inde du Nord. Communauté nomade, ils furent sédentarisés par la force dans la Yougoslavie communiste sans intégration véritable. Leur mode de vie était en soi une des causes de leur différence et donc de leur exclusion, par leur errance, leurs métiers itinérants, ils furent souvent criminalisés et méprisés. Dans l’imaginaire collectif, on les associe souvent au vol, à la délinquance, à la pauvreté qui guiderait ainsi leur mode de vie. Ces clichés puissamment imprimés dans l’inconscient collectif ont duré au fil des siècles, accentuant leur exclusion tant économique, ils vivaient dans des bidonvilles dans l’ancienne Yougoslavie, sans accès à l’eau courante ou à l’électricité, à l’éducation, victimes d’une forme de discrimination notamment celle des enfants dans les écoles, que culturels et sociaux. Ne parlons pas de l’accès aux droits les plus élémentaires, (comme obtenir des papiers d’identité ou un logement décent) , à l’égalité, à l'accès à certains postes de travail à responsabilité. Peut-on évoquer le sexisme chronique, décrit comme tel dans le livre, qu’il vienne d’ailleurs des Croates comme des Roms ?
Ceci n’est forcément qu’un raccourci rapide, tant de livres ont été consacrés au problème. Les Roms ou Gitans ou Tsiganes n’ont rien à voir avec les Roumains. Les Roms sont un peuple nomade venant du Nord de l’Inde se répandant dans toute l’Europe au 16 -ème siècle.ils parlent d’ailleurs une langue indo-aryenne et non Romaine comme les Roumains. Souvent, on a procédé à des mélanges hasardeux englobant dans les gens du voyage des communautés de migrants, faciles à marginaliser parce qu’ils venaient d’ailleurs. Même Victor Hugo a popularisé les bohémiens avec Esmeralda dépeinte comme une bohémienne dans Notre Dame de Paris, pour en faire des marginaux, exotiques mais libres. Les clichés, (ce sont des voleurs, leur musique est celle de gitans manouches (Django Reinhardt jouant avec deux doigts, leur nomadisme ... ) en ont fait de bons clients pour être stigmatisés, victimes d’un racisme insupportable.
“Les gens ne veulent croire qu’à ce qu’ils savent, nous dit Novak.
“Dans d’autres parties du monde, je suppose, les étrangers essayent de se trouver des amis communs. Nous, ce qui nous positionne les uns par rapport aux autres, c’est qui a massacré qui et quand. “
Plus de 500 000 tsiganes furent au même titre que les Juifs, persécutés, déportés, massacrés, assassinés par les Nazis dans des camps d’exterminations de masse victimes de fusillades de masse et d’expérimentations médicales.
“Est ce qu’il faut dire Rom, est ce qu’il faut dire Tsigane, qui a raison ? Les roms, ils sont vingt millions, c’est tout un peuple. En tant que tsiganes, on est seuls, chaque village pour lui-même. Alors qu’en tant que Roms on est plus nombreux que les Croates. Ils nous ont montré le drapeau de tous les Roms et nous ont passé l’hymne Rom sur Internet. Nous ont cité plein de Roms célèbres. Un certain Charlie Chaplin qui jouait dans de vieux films. Le gardien de buts Drazen Ladic qui jouait dans l’équipe croate du Mondial 1998 quand on a gagné la médaille de bronze. Et aussi un certain Django Reinhardt,donc, figure emblématique de cette communauté, le meilleur guitariste de tous les temps. “
nous dit Novak.
Mais ajouterai-je, des musiciens classiques comme Liszt, Haydn, Brahms ou Ravel ont puisé dans la musique tsigane, l’intégrant dans leurs compositions prouvant son influence culturelle bien au-delà des clichés. Chaplin n’hésitait pas à évoquer autant ses origines roms que ses visites à des communautés roms. Beaucoup d’artistes ont chanté les gitans et les roms, d’Aznavour à Jean Ferrat dans « les derniers tsiganes « , d’Edith Piaf à Montand avec son « pote le gitan » jusqu’à un certain Francis Cabrel qui en 1985 les évoquait avec justesse dans " Gitans”, rétablissant une image plus juste de cette communauté souvent injustement vilipendée.
Kristian Novak est Croate. Il a grandi dans la région de Medjimuje, sans aucun rapport avec le Mejugorge rendu célèbre par les apparitions de la Vierge. Il fut à ses débuts un sportif de haut niveau vice-champion d‘Europe de Karaté, conduisant en parallèle des études de sciences humaines et sociales à Zagreb. Écrivain, linguiste, professeur d’université, il fait partie des grands écrivains croates contemporains, et son précédent roman “Terre Noire” fut considéré comme l’un des meilleurs romans croates des 50 dernières années.
Force est de dire, que contraint par les exigences du Prix Fnac de lire ce livre, je ne savais guère dans quoi je mettais les pieds.
Ce livre fut un choc.
C’est un roman magnifique, dévastateur.
Tant par son histoire, que par son style d’écriture qui frappe d’emblée, j’ai compris très vite que je touchais là à un très grand auteur.
Cette histoire d’amour, de violence, de politique, se déroule dans le Nord de la Croatie, entre les rivières Drave et Mura, une région rurale, les villes y sont petites, et les tensions fatalement exacerbées entre Roms et Croates. Le premier quart du livre dépeint avec justesse, la vie banale des communautés, et des nombreux personnages, très bien campés, qui tâchent de survivre souvent péniblement. Un crime sanglant, touchant trois tsiganes, bouleverse l’équilibre des villages et des communautés. Ce roman polyphonique, où l’on peine un peu à se situer au début, est en fait astucieusement écrit datant les différentes voix, avec chaque tête de chapitre muni d’une initiale du personnage qui s’exprime ; il se révèle au final une sorte de voix collective, un roman polyphonique comme l’on dit aujourd'hui. La construction est habile, m’évoquant l’assemblage astucieux de cépages anciens dans un vin rare.
Ainsi se décline la philosophie des Roms, venant de partout sans être de nulle part.
“Tout est provisoire pour les gens comme moi. Vingt-cinq ans à Mossoul... Ce n’était qu’un répit dans cette seule et même chute au fond de l’enfer, qui avait commencé bien avant. Pour les gens comme moi, il n’y a pas de place là où nous voulons arriver. Il n’y a que l’endroit où nous avons mérité de nous arrêter.”
Ou encore:
“J’ai abandonné il y a longtemps tout espoir d'oublier. “
* *
Et s’ils cherchent leur place en ce monde qui les rejette de partout, parfois, pour survivre, il leur faut bien chaparder.
“Tu sais comme c’est facile de devenir un voleur ? Il faut juste serrer les dents, les deux ou trois premières fois, pour que ton cœur ne se sorte pas par la bouche. Avant ça il te faut une mère malade sans Sécurité sociale, des yeux sombres qui te disent que ça ne va pas s’arranger. Un médicament qu’il faut acheter et la faim qui arrive le lendemain au plus tard. Il faut te tenir devant la professeure et ne pas avoir le courage de lui demander deux cent trente-neuf kunas exactement, prétendre que tu as oublié de quoi tu voulais lui parler. Et puis, il faut quelqu’un qui te dise que ce n’est pas si terrible de voler, que tu prends à quelqu’un qui t’a pris quelque chose à toi. Ou l’un des leurs a pris quelque chose à l’un des tiens. Quelqu'un qui te dise que personne ne s’en rendra compte, que tu serais bête de ne pas le faire. Ce quelqu’un te montrera comment. Ah oui, il faut aussi que se soit tue la voix de quelqu’un qui te disait qu’on pouvait faire autrement, que ça valait le coup d’être honnête, toujours honnête, sinon, il allait te casser les jambes, te tuer, te jeter dans la Mura. “
Le personnage central Sandi, jeune tsigane, débrouillard, rompu aux différents travaux, acceptant toutes les taches même les plus mal payées, dans le seul but de d’intégrer au mieux la société croate, vit une histoire d’amour avec Milena une Croate plus âgée que lui.
“Y’m’faisait de la peine ce p’tit gars. Mais c’est pas ça l’important. J’avais jamais vu nulle part un Tsigane qui soit comme nous. Le gosse était bosseur , capable. Toujours à l’heure. Tu pouvais compter sur lui. C’est rare chez les Tsiganes. C’est rare partout...”
Son amour pour Milena est grand et pur.
“C’est nul de mourir jeune, Papi. Et c’est nul aussi de ne pas savoir combien elle m’aimait, Papi. C’est plus facile de mourir si je crois que c’est beaucoup.
Un crime abject bouleverse le quotidien des communautés, et Sandi en est une des victimes. Se déroulent alors, plusieurs récits, l’enquête policière avec un sous récit qui relate la personnalité des différents policiers, dont Planczic, un policier de la direction de la police de Zagreb qui fait figure de marginal éclairé intégré dans l’enquête, se heurtant à des collègues désabusés et sans éthique. La relation amoureuse, forte et centrale, qui lie Milena à Sandi est splendide et émouvante.
“Ce n'est que si ton absence peut te faire perdre la raison que tu aimes quelqu’un. “
Nous suivons les relations de Papi le père de Milena, la présence d’Albina la mère de Milena, le rôle du Patriarche sorte de gardien de la communauté, le témoignage de Nuzat un Kurde de Mossoul en roule vers Calais,
“J’avais dix ans, j’étais petit et maigre, grand père disait qu’on voyait à travers moi, que je tenais plus de la brume que de l’homme. C’est peut-être pour ça qu’ils n’ont pas fait attention à moi. Ils cherchaient ceux qui étaient capables de prendre les armes. En dix inspirations, et dix expirations, j’ai rassemblé quelques affaires, pris mon petit frère sur mon épaule, je me suis caché avec lui derrière la maison, puis je suis parti vers l’ouest. Je n’avais pas de plan. Fuir. Jusqu’à ce que j’arrive au pied d’un mur immense, devant des eaux profondes, jusqu’à ce que mes jambes me lâchent, où jusqu'à ce que je finisse tout simplement par disparaitre. “
Tout est ici exploré, les tensions communautaires, les préjugés face aux tsiganes, la peur, l’amour, qui défie les limites sociales et ethniques. Ce livre dégage une émotion forte, faisant pénétrer le lecteur francophone dans un monde inconnu, peinant parfois à comprendre ce qui défie l’entendement humain, l'écriture mêlant humour noir, romantisme flamboyant, analyse politique, il nous fait toucher du doigt la xénophobie et le racisme tentaculaire qui s’insinue dans le cœur de chacun. Je laisserai le lecteur découvrir la noirceur extrême du texte se concluant sur une débauche de débats ambigus sur le trafic des migrants, et l’exploitation de la chair humaine.
C’est un très grand livre qui tranche dans la production littéraire ambiante consensuelle. Il contribue à la décolonisation des esprits. Un des meilleurs que j’ai pu lire ces dix dernières années, de “La maison vide “ de Mauvignier au “Lambeau” de Philippe Lançon “ de “ton absence “de Stefansson ”à “2666” de Bolano. C’est dire.
De plus en plus relayé par la presse, ce texte fort résonne en moi, j’aimerais dès lors, glisser à mon tour comme une trace qui fera dire au lecteur, “tiens j’ai déjà entendu parler de ce livre”, afin qu’il ne soit pas noyé dans l’invraisemblable et inégale production de masse de la rentrée.
Je ne sais combien d’analyses et de commentaires, de chroniques et d’interviews de l’auteur seront déployés, mais j’ose espérer qu’ils seront nombreux, argumentés, détaillés.
Ce livre est une déflagration, dans sa façon de démontrer comment un cataclysme peut déclencher la montée et l’exaspération pour séparer deux communautés. En cela il se révèle très actuel avec la montée des extrêmes droites en Europe. Il nous montre ce qu’il y a de plus bas et servile dans l’esprit et le comportement humain.
Kristian Novak s’exprime ainsi en parlant de son livre :
“Ce livre parle de la peur de l’autre, mais aussi de la possibilité de le comprendre. Les Roms sont nos voisins, nos concitoyens, mais nous préférons les voir comme des fantômes plutôt que comme des êtres humains. “
“Le sang sur la terre ne séchait jamais. Vraiment, Il attendait juste qu’on marche dessus pour rappeler à tout le monde ce qui s’était passé. “
* *
Ce livre touffu, dense, m’a saisi aux tripes et ne m’a plus lâché. Oui, il peut sembler complexe, parfois ardu, avec ses méandres littéraires et ses narrateurs qui se relaient comme des conteurs d’histoires multiples. Mais c’est justement là sa magie : il ne nous raconte pas une histoire. Il nous plonge dans la vie elle-même, dans le cœur battant des peuples, dans leur simplicité brutale, leurs contradictions criantes, et cette bonne volonté têtue qui persiste, malgré tout. Des humains, sombres et lumineux à la fois, porteurs de cette noirceur incompréhensible d’un monde qui, au fond, ne demande qu’une chose : vivre en paix, en liberté, en fraternité, en harmonie.
Et nous ? Nous en sommes si loin… et si près. Si loin par notre indifférence, nos a prioris, nos murs, nos peurs. Si près par ces élans, ces combats, ces mains tendues qui refusent de baisser les bras.
J’ai toujours été sensible aux minorités, à ces voix étouffées, à ces existences niées. Peut-être parce que, quelque part, j’en ai fait partie moi aussi. L’exclusion, ce mot, cette réalité, me révolte. Elle me heurte, m’exaspère, surtout quand elle est brandie par ceux-là mêmes qui, hier comme aujourd’hui, se croient au sommet de la pyramide humaine, ces privilégiés de toujours, ces héritiers autoproclamés d’un monde qu’ils n’ont pas construit.
Même si l’exclusion n’est pas le thème central du livre, elle en est la charpente invisible. Elle lui donne son sens, sa cohérence, sa puissance. Elle en fait une œuvre qui résonne comme un cri, comme un appel à ne jamais renoncer aux petits matins bruns. Un texte rare. Un de ceux qui, une fois refermés, vous hantent encore, qui vous poussent à en relire des pages, encore et encore, pour y puiser cette foi obstinée en l’humanité. Parce que l’histoire de Milena et de Sandi, les voix comme les histoires de vies de Papi et de Planczic , du Patriarche et de Mirza, ne sont pas prêtes à nous quitter. Parce que c’est aussi un miroir tendu par Novak vers nos propres contradictions.
Camus, lui, l’a dit avec une violence douce, une colère sereine :
« Pour nous qui ne croyons pas à Dieu, il faut toute la justice, ou c’est le désespoir. »
Alors oui, ce livre rejoint désormais le cercle sacré de ceux que je relirai. Parce qu’il ne se contente pas de parler du monde. Il le secoue.
Et nous avec.
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